Madame, Monsieur,
C’est avec gravité et émotion que j’écris ces premiers mots, sur le site de la mairie, à l’occasion de la journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation.
Chaque année, le dernier dimanche d’avril, la mémoire est honorée de toutes celles et tous ceux qui ont connu et pour beaucoup ne sont jamais revenus des 200 camps de déportation et d’extermination édifiés et mis en œuvre par le régime nazi,
2026, 81 ans après la victoire des forces alliées sur l’Allemagne nazie et l’achèvement du conflit le plus meurtrier du XXème siècle, notre devoir de mémoire doit rester intact.
Dès fin janvier 1945, les troupes alliées, les soldats de l’armée soviétique ont libéré le camp d’Auschwitz-Birkenau, les soldats américains de la IIIème armée Patton libèrent celui de Buchenwald et en avril tous les autres camps furent délivrés et les armés découvrent l’inimaginable en même temps que les derniers survivants.
La commémoration de la fin de la seconde guerre mondiale et de la libération des camps érigés par le régime nazi ne doit pas s’éteindre :
– pour rappeler que l’horreur n’a aucune vertu pédagogique et que ce qui a été par le passé peut se reproduire comme peuvent l’attester les violences et les guerres meurtrières de par le monde.
– ces femmes, ces hommes, ces enfants qui ont connu l’enfer et la mort, n’ont pas, pour la plupart, leurs noms gravés dans la pierre d’un monument.
C’était il y a 81 ans, cela parait loin et en même temps si proche, si tragique et pourtant, cette année, en février 2025, lors des élections législatives allemandes, l’extrême droite allemande, pas n’importe laquelle, celle de l’AFD, soutenue par la Présidence Trump, a remporté plus de 30% des suffrages dans le land de Thuringe avec, dans son programme électoral, la proposition effarante d’effacer les camps de concentration nazis et de mettre un terme à la culture mémorielle de la Shoah.
De pareilles abjections dépassent l’entendement et mettent plus que jamais en relief les propos d’Elie Wiesel en 1987, lors du procès Barbie selon lequel « L’oubli serait une injustice absolue au même titre qu’Auschwitz fut le crime absolu. L’oubli serait le triomphe définitif de l’ennemi. »
La mémoire est vulnérable, elle s’émiette, et les rangs des derniers survivants s’éclaircissent inexorablement jour après jour.
Ces quelques lignes veulent contribuer à notre devoir de tenter de trouver les mots justes pour nommer la barbarie qui a conduit en Europe à ce que des femmes, des hommes, des enfants soient exterminés non pas pour ce qu’ils avaient fait mais pour ce qu’ils étaient : Juifs, Tsiganes Homosexuels, Slaves, Handicapés, Combattants, Résistants, Militants politiques, Syndicalistes.
Six millions de victimes parmi lesquels 1,5 million d’enfants, les trois quarts des juifs d’Europe victimes du nazisme et de leurs complices, avec au premier rang d’entre eux le régime collaborationniste de Vichy.
Nous voulons dire non à la falsification de l’histoire selon laquelle le Régime de Vichy aurait protégé les juifs français : 3 000 des 4 000 enfants de la rafle du Vel d’Hiv séparés de leurs parents et exterminés avaient la nationalité française.
En 1945, moins de 4 000 déportés français sont revenus vivants des camps, soit à peine 5% des déportés.
Rappelons que la rafle du Vel d’Hiv a été conçue, mise en œuvre par les seules forces de l’ordre françaises : 12 884 hommes, femmes et enfants raflés en deux jours. Une petite centaine seulement a survécu.
Parler de la déportation, c’est aussi évoquer le courage de tous ces justes qui, au péril de leur vie, ont protégé ces enfants juifs, ces familles livrés aux SS par Vichy.
Parler de la déportation, c’est aussi rendre hommage à l’héroïsme de femmes et d’hommes, résistants, opposants politiques, patriotes qui se sont levés contre le régime nazi et, une fois revenus de l’enfer, ont consacré le reste de leur vie à témoigner, à interpeller nos consciences afin que nous n’oubliions pas.
Notre devoir est de transmettre cette mémoire d’une histoire aussi douloureuse soit elle, notamment à destination des nouvelles générations et démontrer qu’en toutes circonstances, il existe une autre voie que celle de la haine, du racisme, de l’antisémitisme, celle de la solidarité, de la fraternité, du respect de toutes les origines et confessions.
Dès à présent, la municipalité vous invite mercredi 3 juin à 18h00 au Foyer laïque de Razac, à une rencontre-débat en présence de Madame Irène SAPIR, rescapée du Vel d’Hiv et de l’AFMD (Association Française pour la Mémoire de la Déportation).
Violette FOLGADO
Maire